03-L’UTMB : LA course L’Ultra Trail du Mont Blanc 166km@9448mD+ partie 1

Avec Hubert, l’UTMB nous l’avons commencé en 2007, à la Saintélyon, où Hubert avait obtenu son deuxième point, sésame pour pouvoir accéder au nirvana des coureurs de trail, l’UTMB.

 Depuis le 11 janvier 22h07, heure de mon ticket d’inscription, je l’ai pensé, repensé, faite et refaite cette course mais toujours terminée. 7.5 mois de préparation, 2 400km d’entraînement représentant 260h dans les baskets, une moyenne de 70km par semaine, très peu de blessure à part ma tendinite qui a disparue en fin de préparation (merci Hubert pour tes conseils sur mes appuis en montée). Un entrainement permanent et parfois contraignant, merci à la famille qui a subi toutes ces contraintes, soit en m’accompagnant dans la course (merci Hugo) soit en m’apportant un réconfort sur les courses ou en me poussant hors du lit pour faire ma séance quand la volonté faisait défaut (merci Marie-Laure). D’ailleurs, ils seront tous là pour me voir terminer mon UTMB (Lise arrivant d’Ecosse). Partager un objectif en famille cela aide beaucoup dans les moments de doute.

 Mon entrainement a été construit dés février avec Hubert, un trail tous les débuts de mois à partir d’avril avec une augmentation régulière de la difficulté. Début, le week-end du 14 avril par Le trail des Glaisins à Annecy (32km@1600mD+) seul en 4h27, Hubert étant sur le Sacré Trail des Collines à Tullins (35km@1335mD+) en 3h30, ensuite nous les avons tous faits ensemble et terminés ensemble. Le trail l’ardéchois à Desaignes (57km@2400mD+) le 3 mai en 8h34 avec Hugo sur le petit parcours (34km@1700mD+) en 4h29, le Roc de Chartreuse (54km@2500mD+) le 1er juin en 8h34 (à nouveau !!!) et enfin le Grand duc (85km@5300mD+) ou nous avons été arrêtés hors délai en 13h30 au charmant som (70km@4900mD+). Sur ce, les vacances sont arrivées, Hubert et moi, nous nous sommes séparés en nous donnant rendez-vous la dernière semaine d’août.   

 Pour ma part, j’ai fait relâche les deux dernières semaines de juillet que j’ai passé en Ecosse à me doper au Whisky et à la bière. J’ai trottiné une quarantaine de km par semaine. Cela m’a fait du bien, ma tendinite a disparu progressivement et par contre une bursite est apparue sous mon orteil droit..

De retour en France, j’ai tout de suite repris sérieusement et avec du volume. 80km avec beaucoup de sortie de 2h à 10km/h sur du plat, j’étais dans l’Oise. Je me suis fait soigner ma bursite par anti-inflammatoire et me voila tout neuf.   La première semaine d’août, je suis passé à 120km, mardi Bachelard cool en 1h20, mercredi aller et retour CEA en 1h35, jeudi Vouillants rapide en 1h15, le vendredi Bachelard en 1h30 , Samedi Vouillants en 3h40, dimanche digue en 3h30.

La deuxième semaine d’août, je suis passé à 129km avec du dénivelé en Haute Maurienne. Mardi Bachelard cool en 1h20, mercredi aller et retour CEA en 2h, jeudi Vouillants rapide en 1h25, le vendredi Bessans-Valonbrun-Bessans en 2h45, Samedi Bessans-vallon-l’Echo-Bessans en 4h40, dimanche Bessans-l’echo-Bessans en 2h10


Cette deuxième semaine a été dure, je me suis vraiment dis que j’étais fou, que c’était insurmontable. J’avais beaucoup de doute sur ma capacité à tenir un tel défi. Les deux dernières semaines m’ont complètement remis dans la bonne direction. L’avant dernière semaine, j’ai couru 4 fois 1h15 à 1h30 à 10km/h, la motivation et surtout l’envie sont revenues. Le dernier week-end, j’ai préparé mes trois sacs, celui que je porterai toute la course et ceux posés aux deux « base vie ». J’ai retrouvé Hubert et les plans de course, les temps de passage, les ravitos, les repos, etc. ont occupé nos dernières discussions. Une question importante, le temps et la température que nous aurons, nous passons vers 2 500m. Le souvenir du week-end du 15 août me rappelle qu’il faisait 5° à cette altitude. Le choix des vêtements est donc une question permanente et primordiale. L’avant-veille, j’ai envoyé les liens internet pour le suivi temps réel à mes amis. L’avant dernier jour, je me suis senti prêt et surtout très détendu avec juste la pensée du plaisir que j’allais avoir au moment du départ.

Jusque là, ces lignes ont été écrites avant la course et je ne les modifierai pas quelque soit mon résultat. 

 

 

Après un rapide passage le vendredi matin par Annecy, pour emménager les affaires d’Hugo qui rentrai le lundi 1er, Marie-Laure et moi sommes arrivés à Chamonix vers 13h30 dans l’appartement que nous avions loué. Une salade de riz bien copieuse avant d’aller chercher mon dossard. Je devais retrouver Jean-Marie qui m’avait appelé et qui allait suivre la course des coureurs de l’ACP. Nous devions nous retrouver à la tente des sponsors, malheureusement, nous avons eu quelques difficultés pour trouver le lieu puis se garer.

Vers 14h30, j’ai enfin récupéré mon dossard avec le contrôle complet du sac à doc qui devait comporter un certain nombre d’éléments obligatoires : couverture de survie, deux lampes frontales, piles, sifflet, bande d’elastoplaste, etc. C’est à ce moment que j’ai retrouvé mes amis du RACING LETI, Hubert, Gilles et Fred qui arrivaient de Saint Gervais où ils avaient passé la nuit.

Après avoir rempli les deux sacs d’affaires qui devaient être déposés à Courmayeur et Champex-lac. Il fallait retrouver l’endroit où les déposer, un vrai jeu de piste surtout avec la voiture.

Cette période d’avant le départ, était beaucoup trop business et très loin de l’esprit trail, habituellement ces instants sont conviviaux, c’est ce que j’avais vécu sur les autres trails. C’est la partie la moins agréable de l’UTMB mais cela sera largement compensé par la gentillesse et le dévouement des bénévoles qui étaient aux petits soins pour nous. Je suis retourné à l’appart pour mettre ma tenue de course et me préparer.

De retour sur la ligne de départ, j’ai retrouvé les racingman grâce à notre nouveau maillot que Gilles portait fièrement. Une longue attente commençait, il y avait beaucoup de musique, discours, etc. Nous avions du mal à nous isoler, nous étions tous les quatre déjà dans notre course, nous échangions très peu de mots. Nous attendions avec impatience le départ, cela faisait tant de mois que nous nous préparions. Nous nous disions que c’était la première et dernière fois que nous étions là tellement l’ambiance était vraiment trop business.


Il faisait un temps magnifique, dans la zone de départ, je ressens un plaisir intense, il y a des milliers de coureurs et pourtant tu es totalement seul à essayer d’imaginer ce qui va se passer. Avec Hubert, nous avons fait tellement d’heures ensemble sur les trails que je me disais que passer une quarantaine d’heures ensemble serait génial. Nous allions encore partager nos joies, nos doutes et nos douleurs.


Le départ est donné dans une ambiance de folie, la musique à fond, nous nous sommes tous les quatre encouragés en nous disant que nous ne devions pas rater notre course car se serait la dernière.

il y avait beaucoup de spectateurs pour nous encourager dans Chamonix, une très grosse ambiance que l’on retrouvera sur tout le parcours.

Avec Hubert, nous partons prudemment, d’ailleurs il y a tellement de monde que c’est difficile de faire autrement. Marie-Laure nous attends à l’appartement situé aux Gaillands à 2km du départ pour immortaliser l’instant. Déjà à ce moment de la course, nous avons le reflexe habituel : rester à une vitesse raisonnable, boire tous les 10mn, manger tous les 20mn. Hubert s’arrêtant pour boire et ensuite me rejoindre.

Le départ est très roulant, nous gardons les bâtons sur le sac à dos. Jean-Marie et les supporters de l’ACP sont là et nous encouragent. Jusqu’aux Houches, c’est un chemin large sur lequel nous pouvons courir sans difficultés. C’est la première fois où je demande à Hubert de ralentir. Nous arrivons aux Houches, Hubert prend mon appareil dans le sac à dos et fait le reporter.

 


Nous traversons le village des Houches, notre premier ravito est animé par un groupe de musique. La montée vers le col de Voza commence par de la route puis un large chemin. Le soleil commence à se coucher, la lumière est magnifique. Hubert à pris quelques mètres d’avance et comme depuis le début, j’avais du mal à suivre son rythme, je l’ai laissé partir. Nous n’aurons plus que des conversations téléphoniques tout au long de la course.

Je me retrouve seul et continue la montée qui est facile par rapport à ce que nous allons connaitre, je prends mes bâtons qui me quitterons plus jusqu’à la fin.

La fraîcheur de la nuit commence à se faire sentir, je remonte mes manchettes, le T-shirt commence à ne plus suffire. J’arrive à la Croix de la Charme à 20h46. Il y a un gros attroupement, nous sommes tous serrés, je me demande de quoi il s’agit.

En fait, c’est le premier pointage et comme il n’y a que deux appareils pour nous contrôler, cela bouchonne énormément. Après ce point de contrôle, je me change et sort la frontale, me voici parti pour ma première nuit. La descente sur Saint-Gervais est bien raide mais tout se passe bien, je perds mon dossard que je refixe sur mon élastique pas facile dans la nuit. Je commence à avoir quelques doutes sur la possibilité de terminer l’UTMB. J’arrive à Saint Gervais à 21h56, il y a une ambiance super, nous avons une boucle à faire dans la ville avec une foule très dense qui nous acclame. Je suis en retard d’une dizaine de minutes par rapport à mon objectif de 36h. J’ai débranché mon téléphone, personne ne m’appellera dans la nuit.

De Saint-Gervais aux Contamines, j’ai l’impression de faire la Saintélyon, le sentier, assez large suit un torrent, je me sens bien sur ce faux plat montant qui parfois n’est pas faux. L’allure est bonne, la température idéale, j’ai uniquement une polaire. Je prends beaucoup de plaisir en attendant la première montée sérieuse. Je commence à sentir le poids de mon sac par contre, les jambes vont bien. L’alternance course, marche permet de ne pas trop charger les muscles en acide lactique.

J’arrive aux Contamines à 23h43. Je me ravitaille, la soupe est excellente soit il s’agit de soupe avec des pâtes soit de la soupe de légumes. J’en prendrais à tous les ravitaillements avec du coca et de la tome. Comme entre les ravitaillements, j’alterne les aliments sucrés Sportenine, barre énergétique et gel cela me permet de m’alimenter correctement.

Le chemin continue à être agréable jusqu’à La Balme. J’arrive le samedi à 2h28, j’ai déjà 6h56 de course dans les jambes et je souffre au niveau des épaules et des pectoraux. J’attaque la montée du col du bonhomme, le chemin est composé de grandes dalles, je croise beaucoup de spectateurs qui redescendent avec des lampions et qui nous encouragent, c’est très motivant. La montée se passe bien, quand cela monte je me sens bien. La fin du col est assez raide, le ciel étoilé est magnifique, nous avons une visibilité qui nous permet de voir le chapelet de lampes frontales, c’est magique. Entre le col du Bonhomme et la croix du Bonhomme, je commence à souffrir un peu plus, le sentier est assez technique avec beaucoup de pierres. Je suis à la croix du bonhomme à 3h10.

J’attaque la descente raide vers Chapieux, toute mon alimentation se passe bien, je continue régulièrement à m’alimenter avec mes barres, gel et Sportenine. Entre, chaque ravitaillement, je bois bien mes deux litres d’eau.

J’ai du mal à courir, j’ai très mal à tout la partie haute de mon corps. Je m’arrête pour satisfaire un besoin naturel. C’est avec un grand plaisir que je me restaure au Chapieux. Il est 4h16 du matin, les deux bols de soupe de légumes me font le plus grand bien. Je me remets de la vaseline sur les pieds qui sont en très bon état. Comme j’ai l’impression d’être brulé à la pliure des bras, je me badigeonne de vaseline mais je n’ai rien, donc la douleur, très intense que j’ai est musculaire. Je commence à avoir de sérieux doute pour la suite. Les spectateurs me lancent des encouragements qui me remotivent.

La montée vers la Ville des Glaciers est certainement le moment le plus agréable pour moi, je sais que nous remontons vers le nord. J’ai une petite foulée efficace qui me permet de doubler beaucoup de monde et de garder un bon rythme. C’est presque du repos.

Après cette route bien agréable, le sentier reprend de la pente et j’attaque la longue montée sur le col de la Seigne. La montée n’est pas difficile mais elle est longue. Mes jambes suivent bien, nous ne parlons pas entre coureurs, tout le monde est dans sa course. Le jour commence à se lever, je peux reprendre quelques photos. Le paysage est magnifique. Nous passons en Italie, il est 6h57.

 

La descente vers le Lac Combal est superbe, elle est facile mais cette fois, je ne peux plus courir j’ai trop mal aux pectoraux. Dés que le sac saute, j’ai des douleurs vives dans les deltoïdes. Je commence à gamberger dur. Le chemin est très roulant mais je me fais doubler sans arrêt dans la descente. Le moral est très bas, j’essaye de m’imaginer où est Hubert ? je n’ai plus de nouvelles.

Le chemin est plat, nous passons auprès d’un fermier qui fait la traite de ses vaches, cette ambiance champêtre fait passer la douleur.

Nous sommes dans une plaine entourée de montagnes et je vois au loin le ravitaillement du Lac Combal. Je commence à voir des visages très fatigués avec les premiers abandons en directe. C’est dur de voir les coureurs abandonner. Je remets en service mon téléphone, la famille doit être réveillée et va venir aux nouvelles.

Effectivement Marie-Laure m’envoie un SMS pour me demander comment cela va et ensuite Hugo m’appelle et me donne le classement, PH 50mn d’avance sur Gilles qui lui-même à 50mn sur Fred. Hubert ayant 50mn d’avance sur moi. Gilles venait de passer le refuge Bertone, je me suis dis qu’il allait reprendre PH. Je n’arriverai jamais à comprendre la machine Icart, un fabuleux moteur qui tourne même quand il n’y a que deux cylindres opérationnels.

Je commence à dire à Hugo, que je risquai de m’arrêter à Courmayeur car je ne pouvais même plus courir sur le plat. Justement sur cette route plate, je ne pouvais suivre personne, je marchais le plus vite possible mais impossible de courir sans avoir mal aux épaules. Les jambes étaient bien, je n’avais jamais eu de telles douleurs auparavant.

La montée sur l’Arête Mont Favre me parait interminable alors que la pente n’est pas trop dure. Je m’arrête sur un banc à côté d’une bergerie et je commence à cogiter sérieusement sur mon arrêt à Courmayeur.

C’est à ce moment que j’ai un appel de Marie-Laure qui me réconforte quand je lui dis que je vais abandonner. Elle me motive pour que je continue, que je me repose à Courmayeur et qu’ensuite je prenne ma décision.

Jean-Marie a son tour m’appelle, que c’est agréable dans ces moments là le téléphone portable. Il me donne quelques infos sur les collègues en course, apparemment tous se passent bien pour eux, je suis le seul à être au bord de l’abandon excepté ses collègues de l’ACP.

à suivre sur la page : L’UTMB : LA course L’Ultra Trail du Mont Blanc 166km@9448mD+   partie 2

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