Un Escargot sur le toit de l' Europe
Ne pouvant faire le tour du Mont Blanc comme les copains, (trop long, trop dur et handicapé) La proposition de mon beau frère sur la plage de Carqueiranne Alt 0m de « me guider » au sommet du Mont Blanc tombait à pic!
Le Mont-Blanc... c’est un rêve d’enfant! Qui n’a pas rêvé, jeune alpiniste en herbe, devant les cartes topographiques, ou devant les
photos des « 100 Plus Belles », en se disant qu’un jour il y foulera le sommet?
En ce qui me concerne,
l'aventure commence réellement il y a 2 semaines. Après une discussion Altitude 0m avec mon beau frère Stephane, passionné d’escalade et de montagne (gros niveau) toujours partant pour ce type de
rando, le rendez vous est pris pour le WE du Dimanche/Lundi 28 Juillet 2008.
Il me reste 1 semaine pour faire un
test montagne afin de voir si mon genoux va encaisser la descente, car il y a 6 mois j’ai été opéré du ménisque et depuis la douleur est toujours présente limitant mon entraînement à quelques
sorties VTT, courses à pied 40’ max et sorties montagne avec Muriel et mon fiston de 7ans. Le test, montée de la dent de Crolles 650m de dénivelé + 20’ sur le plateau et retour droit dans la
pente :
54’ pour la montée et la descente tire grave sur les genoux ! Il va falloir compter sur le mental
!
Je passe les détails de ma technique de cramponnage, maniement du piolet et autre test
d’altitude(J’aime voir de l’herbe en montagne…)
Dernière nouvelle, nous seront 3 dans l’affaire mon cousin Olivier lui aussi touche à tout, (montagne, escalade, Ski rando, trail et
Marathon) se joint à nous. Voilà pour les CV de la cordée.
Nous décidons l'ascension du Mont Blanc par la voie, dite "voie des trois Monts Blancs", les conditions étant très favorables. Nous
prenons tranquillement le téléphérique en fin d'après-midi pour atteindre les 3842 mètres de l'Aiguille du Midi et entamer la descente au refuge des Cosmiques, qui se trouve à 40 minutes plus
bas. Nous passerons une partie de la nuit ici, puisque nous nous lèverons à 1 heures du matin pour partir à 2 heures, équipés de nos crampons, piolets, baudriers, cordes, lampes frontales, et
autre matériel d'alpinisme.
1ere difficulté, il y a 30ans que je n’ai pas chaussé de crampons… L’arête aérienne du
début me met tout de suite dans le bain. Arrivée au refuge après une bière et un vin chaud un repas à 18h20 au menu, soupe, bœuf
Bourguignon, pâtes, religieuse, pas très digeste tout ça !

La lumière s’allume à 1h du mat, tout le monde s’agite pour arriver le 1er au café, je n’ai pas très faim…
2h 10’ le premier coup de crampon est donné, les piles crachent pour nourrir les diodes de la frontale, la peur ou la joie ! Nous partons bon dernier, nous redescendons au col du midi (3532 m) avant de gravir la face nord du Tacul jusqu’à son épaule (4050m) déjà le serpentin de lucioles s’allonge dans la pente raide (40°). Olivier mon cousin donne malgré tout le tempo même si je le rappelle : »L’objectif est de toucher le toit de l’Europe ! « Mais en bon Marathonien le chrono reste le chrono.
Nous avons passé l'Epaule du Tacul Mon altimètre affiche 4000m, la nuit se termine doucement au rythme de nos pas. Je suis à présent en Terra Incognita, je ne suis jamais allé plus loin! Nous découvrons la face nord du Mont Maudit, belle et sévère. Nous passons la 1re rimaye, dont le passage est transformé en une sorte de baignoire glacée.
Nous doublons quelques cordés le rythme est lancé par Olivier, je me concentre sur mes pas et mon piolet qui mort la neige durcie à cette altitude.
Le pouls régule bien, Stéphane me donne des conseils sur le cramponnage, je monte trop sur les pointes » plutôt en crabe » mes mollets le remercient tout de suite. La pente se fait de plus en
plus raide, j’aperçois une corde, une main courante pour s’aider, je l’attrape et avec le piolet je pique la glace en même temps que mes crampons. Concentré sur l’objectif, dans le noir les
encouragements me réchauffent le cœur. Je sors de la brèche du Mont Maudit pour redescendre sur le col de la Brenva ou la lumière commence à colorée
les nuages accrochés aux aiguilles rocheuses qui semblent nous regarder. Je me retourne pour savourer.
Une pause pour prendre des photos, boire si on peut car les tuyaux des Kamel back sont gelés !Le dôme du Mont Blanc est là si près
mais si loin, l’altimètre sur 4300m. Un gel pour la pêche, je suis à l’écoute de mon corps mon genoux me fait honneur, les bonnes sensations de
l’effort me rappellent les courses de montagne & Marathons, que du bonheur ! La vue sur le Mont Maudit, Tacul, Cervin, aiguille du géant, 360° de splendeur, la vie me fait un beau cadeau.
Mais il faut remettre du charbon si l’on veut tenir les objectifs pour être de retour le soir pour la dernière benne à l’aiguille du midi. Les 500m de dénivelé sont les plus durs le mur de la
côte, le juge de paix .Nous doublons encore des cordées à bout de souffle Olivier ne lâche rien il relance, j’ai la patate pas de problème, Stéphane
suit sans rien dire et nous laisse s’asticoter. Altitude 4700m je relance encore pour talonner Olivier en lui proposant de
passer devant, Stéphane prend le relais, nous finissons sans mollir enfin sur la crête sommitale, après 5h39 de montée, nous sommes largement dans les temps.

La descente se passe sans problème sauf pour ma part, il faut descendre la brèche du maudit en rappel la neige est
transformée, avec un peu de patience et de courage 2 rappels de 30m sont avalés, il restera encore un rappel plus bas le pont de neige du matin s'est écroulé, il faut passer la rimaye à coté,
mais c'est moins impressionnant pour moi.
Le paysage est fantastique, les passages dans les séracs impressionnants, il fait super bon et tout ça à 4000m !
Nous voilà au pied de l'aiguille du midi il faut remonter maintenant les 350m positifs pour reprendre la benne qui nous redescendra à Chamonix.
15H 50 la benne du téléphérique s'ébranle pour retourner vers une civilisation
différente….
Une belle ballade de 12h 30, des images plein la tête, le partage de l'amitié, car avec toute
modestie ce n'est pas l'effort qui me laissera le plus beau
souvenir.
J'aime toujours autant la Dent de Crolles et peut être plus…
Je remercie Stéphane est Olivier pour le cadeau qu'ils m'ont fait (j'ai fait honneur à la famille)
Christian


