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Récit de course : Le tour du Mont-blanc en une seule étape.


samedi 14 septembre

Je profite des ces jours pluvieux pour vous raconter mon tour du Mont-blanc en une seule étape.

Je vois la pluie qui tombe et je repense à ces longues sorties en montagne sous des trombes d'eaux et aux orages à la croix de Chamrousse. Le sorties sous le soleil se compterons sur les doigts d'une main. Retour au 9 janvier.

Mardi 9 janvier - Premières sueurs.

L'inscription a été le moment le plus stressant de cet objectif, premières sueurs, jurons contre le matériel informatique , quel bazar, 10 mn après l'ouverture les inscriptions étaient closes. C'était 10 heures en 2007, 10 jours en 2006, 10 mois en 2005... J'ai un peu la pression pour terminer la boucle. Dans la tête commence je commence à cogiter sur la meilleure façon de s'entraîner pour boucler ce tour.

Programme d'entraînement.

Pas vraiment regarder ce que faisaient les autres, je suis allé au plus simple et le moins prise de tête, à savoir :

  • Lundi : 1h de vélo en salle

  • Mardi : 1h de CAP sur du plat

  • Mercredi : 50mn à 60 mn de CAP sur terrain vallonné ( D+ = 200-300 m)

  • Jeudi : 1h30 de CAP sur du plat

  • Vendredi : 45 mn de vélo intensif en salle

  • Samedi : 2 heures de CAP sur terrain vallonné ( D+ = 300-500 m)

  • Dimanche : 3 à 5 heures de rando-course orienté montagne ( D+ = 1000-2000 m)

J'ai répété ce programme de février à fin juillet. J'avais aussi programmé 1 trail / mois à partir d'avril (progressif dans le kilométrage et le dénivelé). A lire les super CR de Philippe B sur le blog du RACING LETI.

Trails effectués : Trail de Tullins, l'ardéchois, le roc de chartreuse et le Grand Duc. C'était de l'occasion de tester le nouveau matériel, de trouver la bonne stratégie alimentaire et d'hydratation et d'apprendre à marcher / courir avec des bâtons, apprendre aussi à courir lentement.

La semaine qui suivait ces trails était une semaine allégée en CAP : 3 séances de CAP d'1h sur du plat. Par contre pas d'allégement dans la semaine précédent ces trails, je souhaitai courir sur de la fatigue.

Mon talon d'Achille se trouvant en fait dans l'estomac, j'ai beaucoup travaillé là-dessus.

Estomac d'Achille.

Bien, que dire là-dessus, que j'ai lu 15 000 articles, lu 30 000 présentations, interrogé des spécialistes en nutrition sportive ... Tout ça pour vous dire que cela m'a bien pris la tête et que je n'avais toujours pas de solution the D DDAY.

J'ai essayé quasiment toutes les marques de gels et de barres, toutes les poudres du marché, essayé des dizaines de. stratégies d'alimentation et d'hydratation que je ne détaillerai pas,  vous verrez plus loin pourquoi.

J'ai des gels et des barres à donner pour ceux qui en veulent ...

J'ai porté une attention particulière aux matériels nécessaires pour ce trail.

Matos spécifique utilisés.

Chaussure : j'avais acheté en février des NB 909 qui ont explosé en juin (coutures qui ont lâché, tissus troués ...). Dommage parce qu'elle était presque parfaite, légère, bonne accroche, super chaussant mais trop fragile.

J'ai donc pris une autre marque dont je connaissais sa solidité : Mizuno Wave Ascent. Elle n'a pas pris une ride même après l'UTMB. Seule point faible : je la trouve un peu haute.

Manchons : je ne sais pas si c'est un effet de mode ou si cela apporte qq. chose. J'ai testé avec et sans sur deux trails de profils et distance équivalente, j'avais les jambes moins lourdes pendant la course avec ces fameux manchons. En dehors de ce possible effet je trouve que cela protège bien le bas des jambes des ronces, orties ...

Sac à dos : j'avais pris un sac Ultimate de 7L avec poche à eau au départ de mon entraînement. Je me suis rendu compte que je ne buvais pas assez avec la pipette et en passant à une hydratation par des bidons je suis passé de 300 mL/h à 500 mL/h. Y a pas photo ! Ce sac n'ayant pas de possibilité pour accrocher des bidons j'ai donc pris un sac Endurance de 10L de RaidLight.

Bâtons : choisi la légèreté donc des bâtons non télescopique en carbone d'1m25.

Veste : j'ai pris une veste en gore-tex paclite au cas d'un très mauvais temps lors de l'épreuve.

Montre altimètre : l'altitude est pour moi le seul paramètre important pour ma progression

Le reste est classique de l'équipent d'un coureur de montagne.

Voila, voila nous arrivons fin juillet.

Des moments de doutes.

L'entraînement c'est très bien passé, pas de blessures, aucunes lassitudes. Le printemps pluvieux, l'été tout en douceur et les soins du magicien Yves sont peut-être des raisons. Une alimentation et hydratation stricte à chaque sortie ont du aussi y contribuer. J'établis un plan de désentrainement jusqu'au jour du départ. Les vacances venant c'est d'autant plus facile de relâcher. J'ai couru 3 fois/ semaine ( 60-75 mn) sur terrain plat et la troisième semaine sur terrain vallonné ( D+ = 500m) pour réhabituer le pied aux sentiers de montagne.

Début août a été aussi des moments où je me suis demandé si cela était bien raisonnable tout cela. L'échec (relatif) du Grand Duc ne me rassurait pas dans mes problèmes alimentaires, je n'avais toujours pas une stratégie limpide et efficace. Finalement je crois que cet échec m'a renforcé mon mental.

Le fait de baisser le volume d'entraînement me gonfle à bloc. Je suis prêt.

Trails effectués : Trail de Tullins, l'ardéchois, le roc de chartreuse et le Grand Duc. C'était  l'occasion de tester le nouveau matériel, de trouver la bonne stratégie alimentaire et d'hydratation et d'apprendre à marcher / courir avec des bâtons, apprendre aussi à courir lentement.

La semaine qui suivait ces trails était une semaine allégé en CAP : 3 séances de CAP d'1h sur du plat. Par contre pas d'allégement dans la semaine précédente ces trails, je souhaitai courir sur de la fatigue.

Mon talon d'Achille se trouvant en fait dans l'estomac, j'ai beaucoup travaillé là-dessus.

Estomac d'Achille.

Bien, que dire là-dessus, que j'ai lu 15 000 articles, lu 30 000 présentations, interrogés des spécialistes en nutrition sportive ... Tout ça pour vous dire que cela m'a bien pris la tête et que je n'avais toujours pas de solution the D DDAY.

J'ai essayé quasiment toutes les marques de gels et de barres, toutes les poudres du marché, essayé des dizaines de. stratégies d'alimentation et d'hydratation que je ne détaillerais pas parc que vous verrez plus loin pourquoi.

J'ai des gels et des barres à donner pour ceux qui en veulent ...

J'ai porté une attention particulière aux matériels nécessaire pour ce trail.

Matos spécifique utilisés.

Chaussure : j'avais acheté en février des NB 909 qui ont explosé en juin (coutures qui ont lâchés, tissus troués ...). Dommage parce qu'elle était presque parfaite, légère, bonne accroche, super chaussant mais trop fragile.

J'ai donc pris une autre marque dont je connaissais sa solidité : Mizuno Wave Ascent. Elle n'a pas pris une ride même après l'UTMB. Seule point faible : je la trouve un peu haute.

Manchons : je ne sais pas si c'est un effet de mode ou si cela apporte qq. chose. J'ai testé avec et sans sur deux trails de profils et distance équivalente, j'avais les jambes moins lourdes pendant la course avec ces fameux manchons. En dehors de ce possible effet je trouve que cela protége bien le bas des jambes des ronces, orties ...

Sac à dos : j'avais pris un sac Ultimate de 7L avec poche à eau au départ de mon entraînement. Je me suis rendu compte que je ne buvais pas assez avec la pipette et en passant à une hydratation par des bidons je suis passé de 300 mL/h à 500 mL/h. Y a pas photo ! Ce sac n'ayant pas de possibilité pour accrocher des bidons j'ai donc pris un sac Endurance de 10L de RaidLight.

Bâtons : choisi la légèreté donc des bâtons non télescopique en carbone d'1m25.

Veste : j'ai pris une veste en gore-tex paclite au cas d'un très mauvais temps lors de l'épreuve.

Montre altimètre : l'altitude est pour moi le seul paramètre important pour ma progression

Le reste est classique de l'équipent d'un coureur de montagne.

Voila, voila nous arrivons fin juillet.

Des moments de doutes.

L'entraînement c'est très bien passé, pas de blessures, aucunes lassitudes. Le printemps pluvieux, l'été tout en douceur et les soins du magicien Yves sont peut-être des raisons. Une alimentation et hydratation stricte à chaque sortie ont du aussi y contribuer. J'établis un plan de désentrainement jusqu'au jour du départ. Les vacances venant c'est d'autant plus facile de relâcher. J'ai couru 3 fois/ semaine ( 60-75 mn) sur terrain plat et la troisième semaine sur terrain vallonné ( D+ = 500m) pour réhabituer le pied aux sentiers de montagne.

Début août a été aussi des moments où je me suis demandé si cela était bien raisonnable tout cela. L'échec (relatif) du Grand Duc ne me rassurait pas dans mes problèmes alimentaires, je n'avais toujours pas une stratégie limpide et efficace. Finalement je crois que cet échec m'a renforcé mon mental.

Le fait de baisser le volume d'entraînement me gonfle à bloc. Je suis prêt.


Mardi 26 août 11h45

Dernier entraînement avec les copains, 1h15 sur le stade de Bachelard. Les sensations sont toujours très bonnes et j'ai hâte d'être au départ.

Nous décidons avec Gilles et Fred de partir jeudi soir et de passer la nuit à Saint Gervais. J'échappe à une nuit sous tente ...

Vendredi 29 août 10h00.

Je partage une chambre avec mes amis Gilles et Fred à Saint Gervais. On prépare nos sacs pour Courmayeur, Champex et discutons de la tenue de départ.

Le soleil disparaissant vite de Chamonix je décide de partir avec un maillot manche longue. J'aurais un corsaire et les manchons pendant toute la course.

Contenu du sac à dos : 3 bidons de 0,6mL, 6 gels et 7 barres, veste imper super light, portable, lecteur MP3 ( que j'ai finalement jamais utilisé), elastoplast, compeed,PQ, aspirine, menthe poivré, tube NOK, passeport, polaire sans manche, couverture de survie. J'avais fait aussi un petit carnet avec le profil de la course au cas ou. En fait je connaissais le parcours par cœur et j'avais compté que je devais monter 10 « bosses ». Le sac était à moitié plein.

Contenu sac Courmayeur : chaussette, slip, maillot manche courte, casquette avec rabat, gels et barres, poudre malto, vitamine C, mon paquet de biscuit préféré, serviette, savon, short long.

Contenu sac Champex : chaussette, slip, maillot manche longue, gels et barres, poudre malto, vitamine C, mon paquet de biscuit préféré, serviette, savon, corsaire, chaussures de rechange

Stratégie de course envisagée : je n'avais pas vraiment de stratégie de course mais plutôt une stratégie de repos. Je pensais faire de longues périodes de repos pour reposer au maximum mon estomac. A savoir, un minimum de 10 mn aux ravito légers et 60 mn aux gros ravito ( Chapieux, Courmayeur et champex ). Le rythme serait donné par Philippe.

Stratégie alimentaire et d'hydratation : 1 gel tous les 45 mn alternés avec une barre. Prise de boisson ( eau + malto ) tous les ¼ d'heures. Ce que j'ai retenu des trails de préparation est que je dois être très rigoureux sur les premières heures de courses sur les prises de gels, barres et d'eau.

Ce que j'ai aussi retenu lors des 24 heures de Saint Laurent est qu'il faut agir immédiatement au premier signe de nausée : repos de l'estomac pendant au moins une heure ( plus de gel , plus d'eau ) et marche impératif . Reprise par très petite quantité, une gorgée d'eau/ 5mn, ¼ de gel/ 15 mn, dès que cela va mieux.

Vendredi 29 août 14H45

Nous arrivons à Chamonix, retirons notre dossard et notre gobelet et déposons nos deux sacs.

Cela sera pour moi la dernière fois et je savoure ces moments pour une fois. Jamais été aussi détendu avant une course, cela durera jusqu'au départ.

La météo est bonne et nous allons donc aussi en avoir plein les mirettes, super. Nous trouvons un bout de pelouse et mettons nos doigts de pieds en éventail. Je me remémore mes plus beaux souvenirs de courses et j'essaye d'établir un classement. Mon podium est pour l'instant : marathon de New York, marathon de Paris et d'Athènes. Oui que des marathons et pas de trails, j'espère que dimanche matin j'aurais un nouveau podium.

Vendredi 29 août 18h00

Nous rejoignons la ligne de départ et Philippe. Philippe a un air un peu soucieux. A part une musique qui nous déchire les oreilles, tous le monde à l'air très concentré, pas de bavardages inutiles, pas d'exubérances, cela change un peu, cela me va bien.

Nous restons assis jusqu'au dernier moment.


Vendredi 29 août 18h15

Visage du père Hub avant le départ

L'organisation nous donne les dernières consignes. Je sens une grosse émotion arriver. Je pense à ma famille, à mon père aux copains qui m'ont accompagnés pendant ces années de CAP. Je pense aussi à la chance d'être sur cette ligne de départ.

Vendredi 29 août 18h30

3,2,1 Partez !

Départ de la course. J'ai décidé de mettre les bâtons sur le sac. D'une part la première partie est plutôt roulante et avec le monde je n'ai pas envie d'embrocher quelqu'un et d'autre part je voulais « économiser » un peu mes épaules. L'objectif était de les prendre à Notre Dame de la Gorge pour la montée du col de la croix du bonhomme.

Je suis très concentré et je n'ai pas vraiment envie de discuter. Mon objectif de départ est de rallier Chapieux.

Traversée sympa de Chamonix avec de très nombreux spectateurs. Nous croisons Marie-Laure, tout va pour le mieux. Je trouve que le temps défile vite et j'ai l'impression de boire et de manger en continu. Je m'arrête pour chaque prise de boisson et d'aliment, Philippe en profite pour passer devant et je le rattrape petit à petit. Nous nous croiserons comme cela jusqu'aux Houches.

Philippe et Hubert peu après le départ.


Mais ou donc est passé Philippe ?

Les Houches, fini la rigolade, la première des 10 bosses se dresse devant nous. Je suis reparti du ravito sans voir Philippe, je sais qu'il plus rapide que moi dans les montées, il a le temps de me rattraper dans les 700 m qui se profile. Je débute donc la montée au Col de la Voza.

Des coureurs coupent les virages sous les sifflets...La montée est très agréable, le soleil se couche sur le Mont-blanc c'est magnifique. Je m'arrête pour contempler le spectacle.

Vendredi 29 août Col de la charme

J'arrive au col de la charme tranquille. Je viens de passer un contrôle ou nous avons attendu plus de 5mn. Ce n'est pas le temps perdu qui est important mais cela gâche un peu la course. Je suppose que cela se bousculera moins plus tard. La nuit arrive, je mets la frontale pour envoyer un peu.

Toujours pas de Philippe, j'espère le revoir dans la montée du col de croix du bonhomme ou autrement au premier gros arrêt à Chapieux.

Je me lâche un peu dans la descente, je trouve que les coureurs ne descendent vraiment pas bien. Je ne vais pas si vite et je vois déjà des coureurs les 4 fers en l'air.

Arrivée à Saint-Gervais

Vendredi 29 août Saint Gervais

Que de monde, c'est incroyable. Je suis un peu déboussolé par tout ce bazar. Je refais vite le plein en eau et vais m'isoler à la sortie de Saint Gervais. Pour l'instant l'estomac me laisse tranquille, je suis toujours ma stratégie alimentaire. C'est parti pour les Contamines par une route qui monte tranquillement. La nuit est belle.

Vendredi 29 août Les Contamines

Ce n'est peut-être pas la partie la plus belle entre les Contamines et Notre Dame de la Gorge mais de nuit cela n'a pas d'importance. Pour la première fois je me retrouve seul, cela fait du bien.

J'arrive tranquillement au prochain point.

Vendredi 29 août Notre Dame de la Gorge

Me voici au pied de la deuxième bosse. C'est la plus longue sans être la plus dure. Je sort les bâtons du sac et attaque la montée. Je commence à avoir des nausées. Je ralentis de suite mon allure et je stop toute prise de boisson et de gels. Si cela ne passe pas je me reposerais quelque part. J'arrive au refuge de la croix du bonhomme.

Vendredi 29 août Refuge de la croix du bonhomme.

Je décide de m'arrêter un long moment pour faire un point sur ma stratégie alimentaire. J'attrape un bol de soupe et un verre d'eau gazeuse et m'installe devant un gigantesque feu.

J'ai l'impression que ces gels et ces barres m'ont gavé. Je décide de ne plus en prendre et de me nourrir de soupe. Je vide aussi mes bidons de boissons énergétiques et les remplit d'un mélange d'eau gazeuse et d'eau plate. C'est un gros pari, je ne sais pas jusqu'où cela va pouvoir m'emmener. J'essaye de faire des calculs de dépense énergétiques versus apport énergétiques, trop compliqué à 1H00 du mat. Inch Allah.

J'arrive au col et plonge vers les Chapieux l'estomac reposé. Descente un peu glissante ( 2 chutes) et arrivée à mon objectif de départ.

Samedi 30 août Les Chapieux

Je suis heureux d'arriver à ce point. Pas de douleurs musculaire, mes tendons me fiche aussi la paix. Je fixe mon prochain objectif : Courmayeur. Je prends 2 bols de soupe et 2 verres d'eau gazeuse. Je prends le temps de les avaler et de les digérer.

J'attends l'arrivée de Philipe pour repartir pour la deuxième bosse. Après 30 mn je décide de repartir seul, j'espère que Philipe n'a pas de soucis.

Une route montant tranquillement nous amène au pied du col de la Seigne. Je me sens bien et je trottine roudoudou. Aucun coureur que je croise ne coure sur ce parcours, je fini par faire comme eux.

Je monte d'un bon pas jusqu col de la Seigne, troisième bosse du programme.

Samedi 30 août Col de la Seigne

Le jour se lève sur ce magnifique massif. Je m'assois sur un rocher un peu en dessous du col et déguste un bol de soupe. Je suis assez contemplatif mais bon on n'est pas d'ici comme dirait l'autre. Je descends tranquillement vers le lac Combal et son fameux plat détesté des coureurs.

Lac Combal samedi 7h04

Le ravito est planté sur cette immense plaine au milieu de nul part. Étrange endroit, impression d'être dans un immense désert avec un campement de nomade. J'aime bien cet endroit. J'ai un petit coup de barre et je repars malgré le plat en marchant. Plusieurs coureurs coupe à travers la plaine, je suis le tracé à la rubalise prés. J'y veillerais jusqu'à la fin.

J'attaque la montée de l'arrête Favre, sans trop de sensation. C'est la quatrième bosse.

Arête Mont Favre samedi 8h25

Petit à petit je me sens mieux, la montée du Mont Favre était courte et je sais qu'après c'est la descente sur Courmayeur. La montée est aussi très belle, la plus jolie à mon sens.

Un énorme vrombissement réveille les coureurs encore un peu endormi et fait voler en éclat la tente du ravito. Bravo messieurs de la télé.

Allez tout shuss vers Courmayeur.

Col chècrouit samedi 9h06

Un peu piègeux ce ravito. Je pensais être arrivée à Courmayeur ou être très proche mais il reste encore un bon bout de descente avant d'atteindre Courmayeur. Je prends un verre et repars de suite, c'est le premier ravito un peu snobé.

Courmayeur samedi 9h46

Me voici à mon objectif, toujours sans de signe de fatigue et avec toujours une envie d'aller voir plus loin. Pour l'instant, je prends le temps de me changer, maillot manche courte et casquette vissée sur le front, de me masser avec l'huile d'Arnica et prends un bon repas.

Quel ravito ! Je comprends que certain coureur ont du mal à repartir.

Je jette un œil sur ma montre. J'essaye de me rappeler des prévisions de Philippe pour un temps final de 36 heures. Il me semble que c'était plutôt une arrivée à Courmayeur vers 8h00.

Je me rappelle qu'au refuge Bonati on arrive à la moitié en temps du parcours. ON verra bien, en fait je m'en fiche un peu.

J'appelle Philippe et il est toujours 50 mn derrière moi. On roule alors à la même allure. Je suis persuadé que l'on se retrouvera bientôt.

Il est temps de fixer mon prochain objectif : Champeix le lac. Le compteur devrait s'afficher à 122 km, cela me motive.

Je sors de Courmayeur au petit trop et rejoins un wagon de coureurs pour la montée à Bovine.

Ca monte bien, tant mieux.

Refuge Bertone samedi 12h22

Et oui, c'est déjà samedi midi, je ne vois pas le temps défilé. Refuge sympa, les gardiens nous proposent des tartes à la myrtille. Je n'en ai pas pris, snif.

Après mes deux bols de soupes je pars pour le refuge de mon alpiniste préféré.

C'est une longue traversée qui nous amène au refuge Bonatti. Je m'ennuie un peu sur ce parcours très transversal, je jette souvent un œil sur le massif de gauche pour oublier le temps qui défile.

Je commence à voir de plus en plus de coureurs fatigués.

Entre Bertone et Bonati

Refuge Bonati samedi 14h12

Je voyais ce refuge dans un endroit plus magnifique, je n'aurais pas donné ce nom à ce refuge. Pour la deuxième fois je m'arrête très peu de temps et descend à grand pas vers Arnuva.

J'essaye de faire une première estimation sur mon heure d'arrivée. Cela fait 19h40 que je suis parti de Chamonix. Ce refuge se trouvant à la moitié en temps du parcours, je devrais donc faire environ 40 heures de course donc arrivée à cham dimanche entre 11h00 et midi.

Arnuva samedi 15h31

Petit coin sympa du massif, je suis quasiment seul à ce ravito. Mais que font les coureurs ?

Un petit coup d'œil devant moi pour apercevoir la longue file de coureur qui monte au Grand Col Ferret. La montée semble assez pentue et le col se devine à peine. Je reçois un coup de fil de mon ami Fabrice. C'est des petits moments inoubliables qui resteront dans les souvenirs de cette course. J'ai envie de monter à bloc sur cette partie.

Après un faible répit la montée débute donc. Pour une fois je ne m'accroche à personne et je monte à un rythme un peu plus élevé. Petit plaisir pour tester ma forme du moment. Je cours dans les derniers mètres du col.

Grand col Ferret samedi 17H16

Montée au grand col

Quelle vue à partir de ce col ! Le soleil vient de se faire la belle et des teintes rosâtres couvrent le massif, magnifique. Je reste un moment pour enregistrer ces images dans ma tête.

La plus longue descente du parcours m'attend, je réfléchi à la bonne stratégie. J'ai un peu sommeil et j'ai un peu peur de ma faire une entorse. Je décide de partir en trottant et je marcherai dans les partis plates ou dans des très faible pentes.

Si tout va bien je devrais arriver à La Fouly avant la nuit.

La fouly samedi 19h04

Hugo le musicien-coureur

Peu avant la Fouly je suis accueilli par Hugo et son tambourin. Merveilleux moment de détente. Il m'apprends par contre que Philippe va s'arrêter à ce poste de ravitaillement, le connaissant il doit vivre l'enfer. Marie-Laure et sa fille sont au ravito pour attendre Philippe et m'accompagne durant toute ma pause. J'essaye de leur passer des arguments pour que Philippe continue jusqu'à Champex, lieu de la deuxième dépose. Il est encore largement dans les temps.

Quel ravito ! Tartes aux fruits, fondue, assiettes de charcuterie ... Bon je ne me suis pas fait tenter et je reste sur ma ligne de conduite alimentaire ( snif). Je me prépare à cette deuxième fameuse nuit. Pour ceux qui ne passent qu'une nuit dehors, ils ne comprennent comment cela est possible et pour ceux qui savent qu'ils vont se la farcir c'est l'enfer. Je met un maillot manche longue, prépare ma frontale et fonce vers Champex.

La nuit arrive dans la montée vers Champeix. Cela ne change pas grand-chose, je rattrape un couple d'italiens et gagnons ensemble la deuxième base de vie.

Arrivé à Champex

Champex le lac samedi 22h24

Que du bonheur cette arrivée à Champex ; D'abord je suis accueilli par Jean-Marie, moment de partage d'échange, d'émotions. Quel souvenir ! Puis je suis toujours aussi bien physiquement et mentalement. Cela veut dire que mon prochain objectif sera Chamonix. Je suis toujours gonflé à bloc.

Je récupère mon sac (super organisation) et malgré l'envie de repartir de suite je décide de faire une longue pose (je panse avoir pris 1h10 de pause). Je m'attends à tout moment de prendre un grand coup de bambou. Je file au dortoir pour essayer de m'allonger un peu mais il n'y a plus de place. Les coureurs présents ont l'air de dormir profondément. Je file dans la salle de restauration et prends un copieux repas (3 bols de soupe + 1 assiette de pâte). Je passe un bon moment à discuter avec les bénévoles (qui sont toujours aussi super). Beaucoup de coureurs attendent la barrière horaire ( 3h00 du mat') pour redémarrer.

Je me masse, me change pour affronter « l'enfer » et repars en trottinant de cette base de vie chaleureuse.

Je traverse Champex seul, me perds un peu du à un cerveau un peu endormi et pense à cette « terrible » montée de Bovine. Tous les finishers m'en parlent depuis un moment, pas un pour en dire du bien. Wait and see comme dirait sir hub.

Je vois au loin deux coureurs et fait l'effort pour les rejoindre. Pierre le normand et Christian le marseillais m'accueille avec sympathie. J'ai avec moi deux multiple finishers, je sens que je vais passer une bonne nuit. Pierre connais le parcours au (nano)métre près et me sers de guide. J'apprécie ! Nous arrivons enfin au pied de « l'enfer ».

La montée est effectivement très raide et surtout parsemé de gros blocs. Au moins ça monte, je préfère. Coté coureurs c'est l'hécatombe !

Tous les 100 mètres, j'aperçois un coureur allongé sur les bas-côtés entrain de dormir. Impressionnant et cela me fait un peu peur. Pierre et Christian me racontent leurs souvenirs de leurs précédents UTMB. Pierre en profite pour repasser le film de sa vie de coureur.

Tout à coup je vois Pierre plonger entre deus blocs et 15 secondes après j'entends son ronflement. Dommage, j'aurais bien fini cette course avec mes deux compagnons. Christian prend le relais pour m'amener à Bovine.

Bovine dimanche 2h24

Voila la huitième bosse avalée. J'ai quand même le cerveau un peu embrouillé et j'avance machinalement en gardant les yeux fixés sur les chaussures de Christian.

La pose à Bovine a été assez brève, j'ai le ventre encore bien rempli du ravito de Champex.

Après une courte traversée j'attaque la descente à Trient. Christian a les quadris durs et étant de nouveau bien réveillé j'en profite pour envoyer un peu. J'attendrais Christian au prochain ravito. Je sens beaucoup de souffrances chez les coureurs dans cette descente. Il est vrai quelle est technique.

Trient dimanche 4h11

Pas de grand souvenir de ce ravito. Pas grand monde, ambiance un peu froide. Mais bon quels courageux ces bénévoles de filer à manger à des coureurs à 4h00 du mat'. Je ne néglige pas pour autant ce ravito et y reste au tarif habituel. Au moment de repartir je croise Christian. Je lui dis que vais monter tranquillement à Catogne en espérant qu'il me rejoigne le plus vite possible.

Je n'ai pas tellement aimé cette montée à Catogne. J'avais l'impression de faire marche arrière et de monter à coté du chemin de descente à Trient. Pas vérifié sur la carte si c'était un peu vrai.

J'arrive tranquillement à Catogne avec le lever du jour.

Catogne dimanche 6h14

Neuvième bosse dans la poche. Yes ! Je commence à penser à mon arrivée. Si tout va bien dans environ 5 heures je devrais fouler les rues de Chamonix. Je rejoins le haut des pistes de Vallorcine et attaque tranquillement la descente. J'entends derrière moi un coureur qui envoi du gros comme on dit ici. C'est Christian ! Il me rattrape et m'ordonne de le suivre. Après un très court moment d'hésitations je prends ses baskets. La descente sur des pistes de skis cela été mon terrain d'entraînement pendant toute ma préparation ; alors je me pique au jeux le double et en remet une couche. Christian apprécie. Nous arrivons au ravito de Vallorcine presque en sprintant.

Vallorcine dimanche 7h10

Je sais que c'est quasiment dans la poche, je suis de plus en plus détendu. Christian lui est de plus en plus excité et veut repartir de suite. Je lui dis que je ne ferais pas d'impasse sur les ravitos même à 20 km de l'arrivée.

Après avoir avalé mon bol de soupe, Christian me jette dehors. Nous repartons en courant direction la dixième et dernière bosse de cette boucle.

Nous arrivons au col des montets assez vite. Je jette un coup d'œil à droite et vois la logue file de coureur montant à la tête au vent. Encore une très belle montée, super.

Je prends la tête et monte à grand pas. Pour la première fois depuis le départ je sue, je me lâche. Nous doublons beaucoup de coureur. Pour beaucoup d'entre eux c'est leur chemin de croix. Quelques coureurs nous lancent des injures ! IL est vrai que derrière moi Christian lance des grands « pardon », « SVP », cela doit agacer certain. Sur les parties moins raides nous courons et filons à toute vitesse vers la tête au vent.

La tête au vent dimanche 9h26

Dernière bosse dans la poche, ouah c'est géant. J'ai mes 9600 m de dénivelé positif dans les pattes, je les ai fait. Je range mes bâtons prends mon ravito. E commence à avoir faim de frites, steak, pizzas ...

Une traversée un peu casse-pattes nous amène à la Flégére.

La flégère dimanche 10h03

J'aperçois Chamonix tout en bas, mhmmm que c'est bon. Je n'arrive pas à savoir combien de temps il me faudra pour arrivée. Je me dis que d'en 1heure j' y serais.

Nous descendons à travers des pistes de skis, pas de soucis pour moi. Christian a un peu plus de mal à trouver les bons appuis. Nous sommes les seuls à courir. Quand nous rejoignons la foret, nous remettons un coup d'accélérateur.

A ce moment je ressent une douleur sous chaque talon. J'hésite à m'arrêter, je ne suis plus loin de l'arrivée. Mais bon fidèle à ma philosophie que j'ai adoptée depuis le départ je m'arrête et prends le temps de mettre de l'élasto sur mes deux talons. Il y a une vie après l'UTMB ! Je dis à Christian de filer étant moins sur de rouler aussi vite. Je reprends les bâtons et redémarre ma course. Après quelques minutes je repars à bloc.

J'arrive dans les rues de Chamonix ; Il y a un monde incroyable. Après ce que j'ai vécu cela réveille. J'ai du mal à réaliser que je sui presque arrivée, presque envie de remonter dans les aiguilles rouges pour faire durer le plaisir.

















Jean-rené Bachelard, le président de la course, me serre dans ses bras. Je le remercie pour m'avoir fait vivre ces grands moments et pour l'organisation.

Voila la banderole d'arrivée. Quel bonheur, que d'émotion. Mes amis Gilles, Fred, Philippe et Jean-Marie sont la pour m'accueillir et partager ces grands moments.

Je suis heureux.

L'ARRIVEE ....

Gilles, Christian et Hub

Chamonix dimanche 11h03

Voila les 166 km et 9400 m réalisés. Ce n'est vraiment pas ce que je retiendrais de cette course. Plus une aventure humaine.

Cela n'a pas été possible lors de derniers trails, mais là je me paye un sandwiche saucisson fromage avec une bière. Je prends le temps de savourer ce repas « recommandé » par les grands diététiciens du sport.

C'est une histoire Belge

Un journaliste belge me voyant déguster ce sandwich m'interroge sur la diététique pendant et après la course. Pas envie de polémiquer et il arrête très vite l'interview.

Gilles en grand copain me prend en charge pour aller doucement dans le monde réel.

Epilogue

Sans contexte je place cette course en téte de mes «100 » plus belle. Exit les marathons urbains !


Si c'était à refaire je ne changerais pas grand-chose. Au niveau entraînement, l'objectif était d'arriver sans blessures et avec un gros mental. Ce fut le cas. Je pense tout de même que j'aurais pu en faire un peu moins. Au niveau équipement, nickel, je prendrais le même. Au niveau gestion de l'alimentation et de l'hydratation pendant la course : terminer les gels et les barres, plus de poudres, soupes et pâtes à tous les ravitos et entre de l'eau pur.

Voilà ma dernière course de faite avec le plaisir d'avoir fait la plus belle et la terminer. Place aux jeunes et goûter un jour de l'Ultra-trail, c'est que du bonheur.

Remerciement

D'abord à ma famille pour m'avoir placé dans les conditions idéales pour préparer et réaliser ce rêve, à mes amis Gilles, tous les Philipe, les Alain, Jean-luc, les Nico, les Fred, Fab, Sadok, Le sorcier mais néanmoins ostéo Yves, Mister Ri, Marc, avec qui j'ai partagé cette aventure.

Un grand merci à Jean-Marie pour ces moments inoubliables que l'on a partagé pendant la course.

Vendredi 24 octobre

Je termine ce récit dans le TGV qui me ramène de PARIS. J'ai repris l'entraînement depuis une dizaine de jour avec envie. Le gêne du sport d'endurance est définitivement inscrit dan mon patrimoine génétique. Vais-je avoir envie de recommencer ?









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